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Au-delà du lisible | MUANA MOBALI ALELAKA, PAMBA PAMBA TE

Il y a des phrases écrites derrière les véhicules qui valent parfois plus qu’un long discours. Celle-ci en fait partie. Sur les deux battants d’une vieille camionnette jaune, dans les rues de Kinshasa, on peut lire en lettres rouges : « Muana mobali alelaka, pamba pamba te ». Littéralement : « Un homme pleure, ce n’est pas pour rien ».

Dans la culture populaire congolaise, cette phrase est lourde de sens. Elle ne dit pas que l’homme ne doit jamais pleurer. Elle affirme plutôt que lorsqu’un homme finit par pleurer, c’est souvent après avoir longtemps résisté à la douleur.

Le garçon, le mari, le père, le frère ou le travailleur apprend très tôt à cacher ses blessures. On lui demande d’être fort, de supporter, de se taire. Il encaisse les humiliations, les échecs, le chômage, les dettes, les déceptions amoureuses, les responsabilités familiales et parfois même l’ingratitude de ceux pour qui il se sacrifie.

Ainsi, quand les larmes apparaissent, elles ne sont pas considérées comme un simple moment de faiblesse. Elles deviennent le signe d’un poids devenu trop lourd.

L’expression populaire contient aussi une critique silencieuse de la société. Beaucoup de personnes ne prennent au sérieux la souffrance d’un homme qu’au moment où elle devient visible. Tant qu’il sourit, on croit qu’il va bien. Tant qu’il travaille, on pense qu’il ne manque de rien. Tant qu’il ne se plaint pas, on suppose qu’il ne souffre pas.

Pourtant, derrière certains sourires se cachent des batailles que personne ne voit.

Cette phrase peut également être lue comme un avertissement : ne méprise pas les larmes d’un homme. Elles peuvent annoncer une grande blessure, une profonde déception ou un épuisement intérieur.

Mais attention à une mauvaise interprétation. Il ne faut pas transformer cette idée en culte du silence masculin. La vraie force n’est pas toujours de souffrir seul. Parfois, la vraie force consiste à parler, demander de l’aide, partager son fardeau avant que la douleur n’explose.

Dans un sens plus large, « Muana mobali alelaka, pamba pamba te » nous rappelle une vérité universelle : les larmes sont souvent le langage des douleurs que les mots n’ont pas réussi à exprimer.

Derrière cette camionnette jaune, il n’y a donc pas seulement une phrase amusante de rue. Il y a une philosophie populaire de la souffrance, de la dignité et du silence des hommes.

Et peut-être aussi cette leçon : avant de juger quelqu’un qui craque, demande-toi combien de temps il a tenu debout sans que personne ne l’aide.


Dane News|✍️ Félix Mulumba, journaliste, philosophe de formation et libre penseur !

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