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Au-delà du lisible | « Ba fourmis kutu bazokolisa solidarité, mais biso batu se kindoki »

Il suffit parfois d’un message peint sur la carrosserie d’un véhicule pour ouvrir une véritable réflexion sur la société. Sur cette portière, une phrase en lingala interpelle : « Ba fourmis kutu bazokolisa solidarité, mais biso batu se kindoki ! »

En français, je peux la traduire ainsi : « Même les fourmis développent la solidarité, mais nous, les humains, ce n’est que de la sorcellerie ! » Une autre lecture, plus figurée, donne : « Même les fourmis savent être solidaires, mais nous, les humains, nous ne faisons preuve que de méchanceté et de jalousie ». C’est précisément dans cette deuxième dimension que réside toute la force de l’expression.

Les fourmis contre les humains

Pourquoi invoquer les fourmis ?

Parce que ces petits insectes sont souvent associés à l’organisation collective, au travail en groupe et à l’entraide. Une fourmi ne construit pas seule toute une colonie. Elles se déplacent ensemble, recherchent de la nourriture, défendent leur espace et participent, chacune à son niveau, à la survie du groupe.

L’image est donc simple : les fourmis, pourtant dépourvues de la raison et de l’intelligence dont se prévaut l’être humain, semblent comprendre une règle élémentaire de la vie collective : on est plus fort ensemble que chacun dans son coin.

Et c’est là que commence le reproche adressé à l’homme.

« Kindoki » : pas nécessairement la sorcellerie au sens littéral

Dans cette phrase, le mot « kindoki » ne doit pas obligatoirement être compris comme une accusation de pratique occulte. Dans l’usage figuré, il renvoie à la méchanceté, à la jalousie, à l’égoïsme, au sabotage et à cette tendance à vouloir nuire à l’autre au lieu de lui tendre la main.

C’est donc une manière volontairement provocatrice de poser une question : comment expliquer que des hommes qui ont la parole, la raison, l’éducation et la conscience puissent parfois se comporter moins solidairement que de simples insectes ?

Le voisin réussit ? On le jalouse.

Le collègue obtient une promotion ? On cherche ses défauts.

Un frère lance une activité ? Certains attendent son échec.

Un ami commence à progresser ? Au lieu de l'encourager, on cherche parfois à le décourager.

Dans certains milieux, la réussite de l’autre n’est plus perçue comme une possibilité d’inspiration, mais comme une menace.

Le fameux « panier de crabes »

La formule rappelle ce que l’on appelle parfois l’effet panier de crabes : lorsqu’un individu tente de sortir du lot, les autres cherchent à le ramener vers le bas.

C’est exactement le paradoxe dénoncé par cette inscription. Nous parlons beaucoup de fraternité, de famille, d’amitié, de communauté et de solidarité. Mais lorsqu’il faut concrètement aider quelqu’un, certains deviennent soudainement silencieux.

On peut même applaudir quelqu’un en public et chercher à le faire tomber en privé.

C’est cette contradiction que le conducteur a choisi de résumer en quelques mots : « Ba fourmis kutu bazokolisa solidarité… »

Même les fourmis, elles, coopèrent.

Au travail, en famille, entre amis…

La leçon ne concerne pas seulement l’argent ou les grandes réussites.

Elle commence dans les petites choses.

Un collègue peut transmettre une information utile au lieu de la garder pour lui. Un aîné peut conseiller un jeune au lieu de craindre qu’il le dépasse. Un ami peut recommander son ami pour une opportunité. Un membre de la famille peut soutenir l’initiative d’un autre sans calculer ce qu’il recevra en retour.

La solidarité ne signifie pas non plus distribuer aveuglément ce que l’on possède. Elle peut simplement consister à ne pas empêcher l’autre de progresser.

Parfois, ne pas nuire est déjà une forme de solidarité.

Une phrase qui nous accuse tous un peu

Le plus intéressant dans cette inscription est qu’elle ne dit pas : « les autres sont méchants ».

Elle dit : « biso batu » — nous, les humains.

Elle nous inclut tous.

C’est peut-être là sa plus grande leçon. Avant d’accuser la société de manquer de solidarité, chacun peut se demander : qu’est-ce que je fais, moi, lorsque quelqu’un autour de moi avance ?

Est-ce que je l’encourage ? Est-ce que je l’aide ? Est-ce que je partage une information qui peut lui être utile ? Ou est-ce que je commence immédiatement à chercher pourquoi il ne mérite pas sa réussite ?

Au fond, cette phrase peinte sur une portière n’est pas seulement une plaisanterie populaire. C’est une petite accusation sociale, formulée avec humour et ironie.

Les fourmis travaillent ensemble pour leur survie. Les humains, eux, possèdent parfois toutes les capacités pour s’entraider, mais choisissent de se faire concurrence jusqu’à se détruire.

Alors, entre la solidarité des fourmis et le « kindoki » des hommes, une question reste suspendue : qui, finalement, donne aujourd’hui la meilleure leçon de vie à qui ?

Dane News| ✍️ Félix Mulumba, journaliste, philosophe de formation et libre penseur !

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