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Au-delà du lisible | « Soki mbwa na yo akómi kogángela yo, moto mosusu azóliisa ye ! »

« Soki mbwa na yo akómi kogángela yo, moto mosusu azóliisa ye ! ». En français : « Si ton chien commence à aboyer contre toi, c’est que quelqu’un d’autre le nourrit ! »...Au sens propre, le raisonnement paraît simple. Un chien reconnaît celui qui s’occupe de lui. Il peut donc arriver qu’un changement dans son comportement soit lié à une nouvelle personne qui le nourrit, le soigne ou passe davantage de temps avec lui.

Mais, dans la sagesse populaire, le chien n’est ici qu’un prétexte. Le véritable sujet, c’est la fidélité. Je m’adresse à celui qui constate qu’une personne autrefois proche de lui commence soudainement à lui manquer de respect, à le contredire systématiquement ou même à se retourner contre lui. Elle lui suggère de se poser une question : « Qui est en train de lui donner ce que moi, je ne lui donne plus ? »

Car les relations humaines sont aussi influencées par les intérêts, les attentions et les avantages. Dans une famille, un enfant peut se rapprocher de celui qui l’écoute davantage. Dans une équipe de travail, un collaborateur peut progressivement se tourner vers celui qui reconnaît son travail. Dans une amitié, quelqu’un peut prendre ses distances lorsqu’il trouve ailleurs une écoute, une considération ou une opportunité qu’il ne trouve plus auprès de son ancien compagnon.

Et dans la politique comme dans les affaires, la question des intérêts est encore plus évidente : celui qui finance, protège ou soutient peut parfois exercer une influence sur celui qui reçoit.

La phrase contient donc une part de méfiance, mais elle peut également servir d’avertissement à celui qui se croit définitivement propriétaire de la fidélité des autres.

Car nourrir quelqu’un ne signifie pas posséder sa conscience

C’est là que l’expression mérite d’être dépassée. Si votre « chien » se retourne contre vous simplement parce qu’une autre personne lui donne à manger, peut-être faut-il aussi se demander pourquoi votre relation reposait essentiellement sur ce que vous lui apportiez.

La véritable fidélité ne devrait pas être uniquement alimentaire, financière ou intéressée...Il y a également une autre lecture. Parfois, lorsqu’une personne change brutalement d’attitude, nous accusons immédiatement les autres : « On l’a monté contre moi. Quelqu’un lui donne quelque chose. Quelqu’un l’influence...» Mais nous oublions de regarder notre propre comportement.

Peut-être que nous avons cessé d’écouter. Peut-être que nous avons humilié, négligé ou trahi. Peut-être que l’autre n’a pas été « acheté » : il a simplement trouvé ailleurs ce qu’il ne trouvait plus chez nous.

C’est pourquoi cette phrase populaire ne devrait pas seulement nous apprendre à surveiller ceux qui « nourrissent » nos proches. Elle devrait surtout nous inviter à entretenir nos relations.

Un collaborateur ne demande pas toujours de l’argent : parfois, il demande de la considération. Un ami ne demande pas toujours un cadeau : parfois, il demande une présence. Un enfant ne demande pas toujours quelque chose à acheter : parfois, il demande simplement qu’on l’écoute.

« Soki mbwa na yo akómi kogángela yo, moto mosusu azóliisa ye ! » peut donc être comprise comme une mise en garde contre l’infidélité intéressée. Mais elle peut aussi être retournée contre celui qui se plaint d’avoir perdu quelqu’un : avant de chercher qui nourrit l’autre, demandez-vous pourquoi vous avez cessé de nourrir la relation.

Parce que dans la vie, ce ne sont pas toujours les autres qui nous volent les personnes qui nous sont proches ; parfois, par négligence, nous les avons nous-mêmes laissées partir.


Dane News | ✍️Félix Mulumba, journaliste, philosophe de formation et libre penseur !

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