Il y a des phrases que l'on lit sans s'arrêter..., et d'autres qui vous obligent à réfléchir, même lorsque l'on est pressé d'arriver à destination. Sur les portes arrière de ce minibus jaune, dans une rue de Kinshasa, une inscription en lingala interpelle : « Ko sepela ezalaka na retard te », accompagnée de cette autre formule : « Atandele toro sepela kaka ». Une manière populaire de rappeler que le bonheur n'attend pas nécessairement le moment idéal...et qu'il faut savoir se réjouir malgré les circonstances.
Derrière ces mots peints sur la carrosserie se cache une philosophie du quotidien, née au cœur d'une société où la vie impose souvent ses propres épreuves.
À Kinshasa, tout comme dans d'autres villes de la RDC, où les embouteillages éprouvent la patience, où les difficultés économiques pèsent sur les ménages et où chaque journée peut devenir un combat pour joindre les deux bouts, le bonheur semble parfois relégué à demain...Demain, lorsque la situation financière sera meilleure...Demain, lorsque le travail sera trouvé...Demain, lorsque les problèmes auront diminué...
Mais qui a garanti que demain sera plus facile qu'aujourd'hui ?
C'est précisément là que cette inscription prend tout son sens. Elle nous confronte à une contradiction profondément humaine : nous passons parfois tellement de temps à poursuivre les conditions du bonheur que nous oublions de vivre les rares moments de joie que le présent nous offre.
Faut-il attendre que la vie devienne parfaite pour avoir le droit d'être heureux ? En RDC, on rencontre des hommes et des femmes qui, malgré les difficultés, trouvent encore la force de rire, de plaisanter, de partager un repas modeste ou de danser au rythme d'une musique diffusée dans une parcelle. Ces instants ne suppriment ni la pauvreté ni les injustices. Ils témoignent simplement de la capacité humaine à préserver une part de lumière au milieu des épreuves.
Cependant, cette philosophie mérite aussi d'être interrogée. Se réjouir malgré les difficultés ne signifie pas accepter l'inacceptable. Sourire face à la précarité ne dispense pas les dirigeants de leurs responsabilités. Et choisir de vivre pleinement le présent ne doit pas nous faire renoncer à construire un avenir meilleur.
Il y a donc une différence entre apprendre à être heureux malgré les problèmes et se résigner à vivre avec eux.
La première attitude est une force intérieure ; la seconde peut devenir un piège lorsqu'elle nous empêche de réclamer les changements nécessaires.
Au fond, ce minibus ne transporte pas seulement des passagers. Il véhicule une interrogation sur notre rapport au temps, à la souffrance et au bonheur. Dans une ville où tant de personnes courent après la survie quotidienne, son message rappelle que la vie ne se résume pas à ce qui nous manque.
Peut-être que la sagesse consiste à poursuivre ses ambitions sans sacrifier toute sa joie au nom d'un lendemain incertain. Travailler pour améliorer sa condition, oui. Se battre pour une société plus juste, absolument. Mais oublier de vivre en attendant que tout aille mieux, ce serait laisser les difficultés nous prendre jusqu'à notre capacité de nous réjouir.
Au-delà du lisible, une question demeure : si nous remettons toujours notre bonheur à demain...que restera-t-il du présent lorsque demain arrivera ?
Dane News|✍️ Félix Mulumba Kalemba, journaliste, philosophe de formation et libre penseur !











0 Commentaires