Annoncé depuis plusieurs années pour sortir Kananga de l’obscurité, le barrage hydroélectrique de Mbombo a connu plusieurs étapes symboliques, des promesses financières allant de 35 à 150 millions de dollars selon les annonces et des délais successifs de 18 mois à deux ans et demi...Retour sur l’histoire d’un projet dont la population attend désormais des résultats concrets.
Avant Mbombo, il y avait Katende. Depuis des décennies, l’électrification du Kasaï-Central et d’une partie du Kasaï-Oriental était envisagée à travers la construction de la centrale hydroélectrique de Grand Katende, d’une capacité prévue de 60 mégawatts. Mais les travaux de ce projet ont été interrompus, laissant les populations dans l’attente d’une solution durable. Face à cette situation, l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER) s’est tournée vers un autre potentiel hydroélectrique : le site de Mbombo, sur la rivière Lulua, à une quinzaine de kilomètres de Kananga.
Mbombo devait ainsi représenter une nouvelle possibilité pour améliorer l’approvisionnement en électricité du chef-lieu du Kasaï-Central. Mais, au fil des années, ce projet prometteur a accumulé les annonces, les calendriers et les cérémonies. Son histoire invite aujourd’hui à s’interroger sur le décalage entre les engagements publics et les résultats attendus.
2022 : 35 millions de dollars annoncés pour lancer le projet
Le 23 novembre 2022, le gouverneur du Kasaï-Central de l’époque, John Kabeya Shikayi, reçoit le coordonnateur du pool Grand Kasaï de l’ANSER, Damien Twambilangana. Environ 35 millions de dollars américains étaient annoncés comme disponibles pour la construction d’une centrale d’une capacité estimée à 12 mégawatts. L’objectif était de fournir de l’électricité à Kananga et à ses environs, dans l’attente de la réalisation du grand projet de Katende.
Cependant, entre l’annonce d’un financement disponible et le démarrage effectif d’un chantier, plusieurs étapes doivent être franchies : les études techniques, la validation du montage financier, la signature des contrats et la mobilisation des entreprises chargées des travaux. C’est précisément dans cette phase que Mbombo allait commencer à accumuler du retard.
Août 2023 : John Kabeya pose la première pierre
Le 18 août 2023, John Kabeya Shikayi procède à la pose de la première pierre du mini-barrage hydroélectrique de Mbombo. À cette étape, le coût annoncé dépassait 40 millions de dollars américains, tandis que la puissance de la première phase était évaluée à 10 mégawatts. Le directeur général de l’ANSER indiquait alors que les travaux devaient être réalisés dans un délai de 15 à 18 mois, après la finalisation et la validation des études nécessaires.
Sur le papier, le calendrier paraissait relativement clair : après la cérémonie, les études devaient être achevées et le chantier entrer dans sa phase effective. Le 31 octobre 2023, soit environ deux mois et demi après la pose de la première pierre, 45 millions de dollars américains avaient été mobilisés auprès d’un partenaire du gouvernement central. La capacité annoncée était désormais d’au moins 12 mégawatts, avec un délai de 18 mois pour achever les travaux, sauf imprévus.
Toutefois, selon la même communication, les travaux attendaient encore les études géotechniques nécessaires à leur exécution, alors que 45 jours s’étaient déjà écoulés depuis la cérémonie.
2024 : Un an après, le chantier toujours au point mort
L’année 2024 allait confirmer les inquiétudes. Le 20 août, malgré la cérémonie du 18 août 2023, les travaux de construction de la centrale de Mbombo n’avaient toujours pas réellement démarré. La Dynamique des jeunes du Kasaï-Central dénonçait alors l’absence d’avancées significatives et appelait le président de la République à s’impliquer pour que le projet soit concrétisé.
La structure citoyenne regrettait que, douze mois après la pose de la première pierre, la population ne voie toujours pas les travaux correspondant aux attentes suscitées par cette cérémonie. De son côté, l’ANSER avait repris la main sur le projet et évoquait un nouveau délai de deux ans pour le mener à terme.
Mars 2024 : la route d’accès devient une première étape concrète...Entre-temps, une autre composante du projet avait été engagée : l’accès au site. Le 11 mars 2024, le Bureau central de coordination (BCECO) et l’entreprise Moderne Construction avaient signé un contrat portant sur l’aménagement d’une route d’environ 10 kilomètres, destinée à faciliter l’acheminement des équipements vers le site de Mbombo.
Selon le directeur général du BCECO, cette voie devait permettre le transport des engins et des matériels nécessaires à la construction de la centrale. Le projet prévoyait une route bétonnée, ainsi que des aménagements d’éclairage public.
Janvier et février 2025 : Joseph-moïse Kambulu relance le chantier
Le 23 janvier 2025, le gouverneur Joseph-Moïse Kambulu Nkonko a remis aux chefs coutumiers du site de Tshibambula des biens destinés à solliciter leur accord symbolique pour l’accès au terrain et l’ouverture des travaux. Cette démarche, rapportée par plusieurs médias, visait à obtenir l’accompagnement des autorités traditionnelles avant la poursuite des travaux sur le site. Le coordonnateur provincial de l’ANSER avait alors évoqué la volonté de passer à une nouvelle étape du projet.
Quelques semaines plus tard, le 15 février 2025, Joseph-Moïse Kambulu lançait une nouvelle phase des travaux de construction du micro-barrage. Cette cérémonie concernait notamment l’aménagement de la voie d’accès et la construction de la base-vie. L’ANSER annonçait alors une durée de 24 mois pour l’ensemble des travaux, une capacité de production de 12 mégawatts et un coût estimé à environ 35 millions de dollars américains.
Octobre 2025 : une enveloppe de 150 millions de dollars et deux ans et demi de travaux
Le 4 octobre 2025, une communication de l’ANSER a apporté de nouvelles indications sur le projet. L’enveloppe globale était alors estimée à 150 millions de dollars américains, pour une durée de réalisation de deux ans et demi. Les études de faisabilité technique, les évaluations environnementales et sociales ainsi que les études relatives aux voies d’accès étaient en cours d’achèvement.
La communication évoquait par ailleurs des difficultés liées à la mobilisation de la contribution de l’État dans le montage financier envisagé. Cette contribution publique devait représenter entre 20 et 30 % du coût global, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Des partenaires privés avaient manifesté leur intérêt pour participer au financement du projet.
Le 2 mars 2026, le directeur général du Fonds de promotion de l’industrie (FPI), Hervé-Claude Batukonke, avait annoncé la construction du barrage en collaboration avec l’ANSER. Le délai évoqué était alors de 18 mois à compter de la réalisation des travaux. Le 17 juillet 2026, le FPI et l’ANSER ont annoncé la création d’Hydro Mbombo SAS, une société destinée à porter la gestion du projet. La capacité envisagée était désormais de 20 mégawatts. L’infrastructure devait comprendre le barrage, une base-vie, des voies d’accès ainsi que le réseau d’évacuation de l’énergie vers Kananga, avec des lignes de transport, des postes et des stations de distribution.
Mbombo : Le temps des annonces doit céder la place aux résultats
L’histoire de Mbombo révèle une succession de calendriers : 15 à 18 mois en août 2023, 18 mois annoncés en octobre de la même année, un nouveau délai de deux ans évoqué en 2024, puis 20 à 24 mois en février 2025, deux ans et demi en octobre 2025 et, enfin, 18 mois annoncés en mars 2026. Ces délais ne peuvent pas être additionnés ni comparés sans tenir compte des dates de départ, des révisions éventuelles et des composantes couvertes par chaque calendrier. Mais leur succession illustre la difficulté à présenter à la population une échéance stable et vérifiable.
Il en va de même des montants annoncés : environ 35 millions de dollars en 2022, plus de 40 millions en août 2023, 45 millions annoncés comme mobilisés en octobre 2023, de nouveau 35 à 40 millions en février 2025, puis une enveloppe de 150 millions évoquée en octobre 2025. Ces chiffres ne prouvent pas que ces sommes ont toutes été dépensées. Ils soulignent plutôt la nécessité de publier une situation financière consolidée et actualisée.
Le barrage de Mbombo reste un projet important pour Kananga et le Kasaï-Central. Une centrale opérationnelle pourrait soutenir les ménages, les ateliers, les petites entreprises et les activités industrielles. Mais cette perspective ne se concrétisera que lorsque les travaux, les équipements et les réseaux seront achevés et que l’électricité sera effectivement distribuée.
Dane News | ✍️ F. Mulumba











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