[Montage] La députée nationale Hermione Bolumbe Bakando et le ministre de l’Agriculture, Muhindo Nzangi Butondo.©Photo Droits Tiers
La controverse autour de la gestion du Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB) met en évidence les difficultés du contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo. Dans une analyse ce lundi 26 octobre 2026, l’économiste Jo M. Sekimonyo s’appuie notamment sur l’expérience numérique de l’Islande pour défendre une administration où les dépenses publiques peuvent être retracées et vérifiées indépendamment des responsables politiques.
Le 23 octobre, la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando a déposé une motion de défiance contre le ministre de l’Agriculture, Muhindo Nzangi Butondo, à la suite d’explications jugées insuffisantes sur la gestion du PEJAB. Une enveloppe de 57 millions de dollars est au centre des interrogations. Le ministre conteste les soupçons de détournement et affirme que 1 107 jeunes ont bénéficié du programme.
Pour Jo M. Sekimonyo, ces accusations doivent être établies par des preuves, tout comme les explications du ministre doivent pouvoir faire l’objet d’une vérification indépendante. Il rappelle que le contrôle parlementaire constitue une prérogative institutionnelle et que les fonds publics doivent être justifiés au-delà des déclarations des responsables.
Se réclamant de Wazalendos, ces jeunes mettent en garde contre la députée nationale Hermione Bolumbe pour sa motion contre Muhindo Nzangi. ©Photo Droits Tiers
L’auteur souligne également que des hommes armés se réclamant des Wazalendo sont intervenus dans une vidéo pour mettre en garde les parlementaires engagés dans cette démarche contre Muhindo Nzangi. Il précise toutefois qu’aucun élément vérifié ne permet d’affirmer que le ministre a sollicité ou organisé cette intervention.
L’expérience islandaise comme piste de réforme
Dans son analyse, Jo M. Sekimonyo présente l’Islande comme un exemple d’administration numérique fondée sur le partage sécurisé des données entre institutions. Grâce à des outils comme Ísland.is et Straumurinn, reposant sur la technologie X-Road, les administrations peuvent échanger des informations tout en conservant leurs responsabilités respectives.
Appliqué au PEJAB, un tel système permettrait de suivre les financements depuis leur engagement jusqu’à leur utilisation par les bénéficiaires. Les mouvements bancaires, les décaissements et les résultats des entreprises soutenues pourraient être rapprochés afin de faciliter les audits et le contrôle parlementaire.
L’économiste estime cependant que la numérisation ne suffit pas si les données restent inaccessibles aux organes de contrôle. Pour lui, les plateformes numériques doivent s’accompagner de garanties d’intégrité, de mécanismes de vérification indépendants et de règles précises d’accès à l’information.
Au-delà des chiffres, la question des résultats
L’analyse distingue les fonds annoncés, les sommes effectivement transférées, les montants versés aux entrepreneurs et les résultats économiques obtenus. Selon les chiffres rapportés dans l’article, après sept années d’exécution du PEJAB, seules 11 entreprises auraient été créées sur les 1 200 initialement attendues, avant les mesures de relance évoquées par le ministre.
Pour Jo M. Sekimonyo, la bonne comptabilisation des fonds ne garantit pas, à elle seule, la réussite d’un programme. L’évaluation doit également porter sur les entreprises réellement créées, leur capacité de production et les revenus générés.
L’auteur conclut que la solidité de l’État dépend de sa capacité à conserver une mémoire vérifiable de l’utilisation de l’argent public, indépendamment des changements de ministres. La présomption d’innocence doit être respectée, mais elle ne dispense pas les responsables publics de leur obligation de rendre compte.
Dane News | ✍️ F. Mulumba












0 Commentaires